Café du français

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Alain Joyandet « Les professeurs de français : fer de lance de la francophonie »

Nommé Secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie, le 19 mars 2008, la veille de la Journée de la francophonie, Alain Joyandet nous offre sa vision de l’action de la France pour la francophonie et le rôle qu’il entend donner aux professeurs de français.

Juillet-Août 2008 - N°358


 
  

Quel message souhaitez- vous transmettre aux enseignants de français réunis à Québec ?

Pour le ministre français de la Francophonie que je suis, participer au Congrès mondial des professeurs de français va de soi. Les enseignants de français sont les meilleurs ambassadeurs de notre langue et des cultures francophones. Ils sont les acteurs de terrain de la diversité culturelle et linguistique que soutient ardemment notre pays. Ils sont les passeurs de civilisation et construisent l’avenir de demain en favorisant une meilleure compréhension mutuelle entre les générations futures. Dans ce contexte, les professeurs de français du monde entier constituent bien le fer de lance et les principaux relais des actions qui concourent au rayonnement de la francophonie.

Quel rôle la Fédération internationale des professeurs de français doit-elle jouer ?

Je salue l’action de la FIPF en faveur des professeurs de français. Elle constitue le coeur de nos politiques d’enseignement et d’apprentissage de notre langue, dans le cadre du plurilinguisme et du dialogue des cultures. Fort de ses 180 associations regroupant 80 000 membres, la FIPF a vocation à devenir un partenaire privilégié de la Francophonie. J’ai d’ailleurs indiqué, au début du mois de mai, lors d’un colloque sur « l’avenir de la Francophonie » qu’il ne serait pas inconvenant que la FIPF puisse être associée à l’OIF dans une forme novatrice à définir ensemble. Promouvoir le français et la diffusion des cultures francophones constitue un axe prioritaire des actions que nous menons ensemble à Paris avec la FIPF. Nous souhaitons voir ce partenariat s’établir aussi entre les associations nationales de professeurs de français et nos services d’Action et de Coopération culturelle à l’étranger. Je voudrais rappeler trois chiffres : 800 000, c’est le nombre de professeurs qui enseignent le français (dont 450 000 enseignent plus particulièrement le français langue étrangère) dans les systèmes éducatifs publics et privés du monde entier. 84 millions, c’est le nombre d’apprenants de français en 2008 dans le monde. 10 millions d’euros, c’est le montant du soutien apporté par le ministère des Affaires étrangères et européennes aux seules associations de professeurs de français dans le monde en 2008. La France dispose d’un atout remarquable : son réseau d’établissements culturels et scolaires, l’un des plus importants au monde. Chaque jour près d’un million de personnes y apprennent notre langue.

Quel rôle la France doit-elle avoir dans le rayonnement de la francophonie ?

L’engagement de la France en faveur de la diversité linguistique et culturelle est connu de tous. C’est un des piliers de la diplomatie française. Et nous pouvons compter sur le soutien de la Francophonie institutionnelle : l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, l’Agence universitaire de la Francophonie, TV5Monde, l’université Senghor d’Alexandrie, l’Association internationale des maires francophones. Avec ces mêmes partenaires, nous construisons ensemble un espace de solidarité francophone autour de valeurs qui nous sont communes : la défense des droits de l’homme, la démocratie, l’État de droit, et bien sûr, la défense des biens publics mondiaux, au premier rang desquels figure l’environnement.
La promotion de la langue française est au coeur des préoccupations qui animent notre politique d’influence, de rayonnement et d’aide au développement. Un plan en faveur de l’enseignement du français à l’étranger doté de 50 M € répond désormais à la demande importante qui s’est fait jour en Europe, en Afrique et dans les pays émergents. Pour renforcer les positions de notre langue, le ministère français des Affaires étrangères et européennes agit à la fois à travers la coopération bilatérale et à travers la Francophonie institutionnelle, dont il est un important bailleur de fonds.

Quels sont vos projets prioritaires pour la francophonie et l’enseignement du français dans le monde ?

Il y a aujourd’hui une demande croissante de diversité linguistique et culturelle dans le monde. Dans un contexte où la mondialisation est perçue comme une machine à standardiser et à appauvrir les patrimoines, à l’heure où des centaines de langues sont en voie de disparition, la défense de la francophonie s’inscrit dans cette logique de recherche d’un monde multipolaire, plus équilibré, plus harmonieux.
Nous avons bien évidemment des priorités. La bataille se joue dans les enceintes internationales où le français est une langue officielle et/ou de travail, qu’il s’agisse de l’ONU ou des institutions communautaires. Pour l’Europe, l’élargissement représente à cet égard un défi. Le gouvernement est fortement mobilisé, dans le cadre notamment de notre présidence de l’Union européenne, pour consolider le plurilinguisme. La francophonie se joue également en Afrique, au Maghreb et au Proche-Orient, où la demande de français est croissante. Ce sont là les bassins de francophonie les plus étendus avec des enjeux importants de développement : le français continue à y être la langue de l’intégration régionale et internationale. De plus, en Afrique francophone et au Maghreb, notre langue constitue un facteur important de cohésion nationale. Nous sommes également interpellés pour renforcer l’usage du français dans les organisations régionales africaines comme l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les grands pays émergents (Mexique, Brésil, Inde, Chine, Indonésie, Afrique du Sud) sont également des cibles importantes où le français est perçu comme une langue de culture et de différenciation. Au total, la France consacre près de 200 M€ à la promotion de la francophonie, et du français et même plus de 800 M€ si l’on y ajoute les crédits destinés à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger et au réseau des établissements culturels.

Comment la France peut-elle aider à effacer la fracture numérique dans les pays francophones ?

La Francophonie doit épouser son temps et saisir l’opportunité des nouvelles technologies.
Pour l’enseignement du français, c’est une ressource extraordinaire qui a un effet de levier considérable et permet de toucher des publics souvent très éloignés.
Nous avons développé au cours des dernières années, en lien étroit avec l’OIF, le Centre national d’enseignement à distance (CNED) et le Centre international d’études pédagogiques (CIEP), des instruments performants au service de la communauté des enseignants et des publics cibles. Plusieurs fonds spécialisés ont été mis en place. Nous lancerons dans les semaines à venir un portail consacré à l’enseignement scolaire bilingue dans les pays, notamment européens membres de la Francophonie ou observateurs au sein de l’OIF dans lesquels le français n’est pas langue de scolarisation.
Notre réseau d’établissements culturels développe sa présence sur Internet avec la mise en place prochaine d’un site fédérateur.
Nous réfléchissons également à la mise au point de méta-portails répertoriant et mettant en valeur les ressources francophones numériques dans différents domaines : promotion et apprentissage du français langue étrangère, ressources culturelles (« portail des lumières francophones »), économie et commerce, environnement et développement durable, solidarités francophones, etc. Nous envisageons de présenter un projet en ce sens lors du Sommet des chefs d’État de la Francophonie en octobre prochain à Québec.

Comment la France veut-elle défendre le plurilinguisme, au-delà de la francophonie ?

La défense du plurilinguisme en Europe et dans le monde est le cadre général de notre action en faveur de la langue française et des cultures francophones. L’Europe en tout premier lieu, puisque l’élargissement européen représente un défi pour le maintien du statut du français comme langue de travail de l’Union européenne. La France y soutient en partenariat avec l’OIF un ambitieux plan de formation destiné aux 12 000 fonctionnaires et diplomates appelés à travailler à Bruxelles ou en relation avec l’Union européenne. Nous soutenons fortement tous les dispositifs d’excellence, parmi lesquels les classes bilingues francophones, dont les effectifs augmentent rapidement.

La francophonie est souvent ignorée en France même. Quel francophone êtes-vous ?

Je suis un francophone convaincu. Je suis un francophone philosophe. Au-delà de la langue française, je défends les grandes valeurs de fraternité, de liberté qu’elle porte. Car si la défense du français est celle de toutes les langues nationales, celle du plurilinguisme, le français a aussi une place à part. Aux Jeux olympiques, par exemple, c’est la seule langue officielle avec l’anglais.
Qu’est-ce que j’entends faire ? Comment promouvoir le français ? Ma première bataille sera de faire respecter le français comme langue de travail dans toutes les organisations internationales. À commencer par les responsables français qui doivent s’exprimer dans leur langue, comme je l’ai toujours fait !
Par ailleurs, en tant qu’ancien journaliste, je suis très attaché à l’écrit. Que votre revue puisse toucher tous les enseignants de français de par le monde me semble être un beau défi.

Propos recueillis par François Pradal



11/09/2009
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