Café du français

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Comment corriger les fautes de rythme et d’intonation de nos apprenants en FLE ?

Comment corriger les fautes de rythme et d’intonation de nos apprenants en FLE ?

la phonétique au secours de l’enseignant de FLE

dimanche 27 février 2005 , par jean-michel ducrot

 

 
Les Centres de Documentation Pédagogique de Damas et d’Alep utilisent ces méthodes de correction, et les diffusent auprès des enseignants de FLE des écoles syriennes afin de répondre aux problèmes de cet ordre...Elles font généralement leurs preuves ! utilisons-les !

 

Cet article repose sur un travail de réflexion mené par l’équipe du CDP de Damas et le ministère de l’éducation nationale syrien, et en particulier Amal Majbour que nous remercions spécialement. La pochette pédagogique qui découle de cette réflexion nous aide ici à former nos professeurs de français en contexte arabophone.

Le rythme et l’intonation dans les premiers mois de l’apprentissage du français constituent l’un des points sur lesquels l’enseignant de FLE ne doit pas relâcher son attention. Nous remarquons, en situation de classe, que ces éléments sont souvent laissés en marge de l’enseignement-apprentissage, alors qu’il est facile de remédier aux erreurs de ce type dans les productions orales des apprenants.

Définissons dans un premier temps ce qu’est l’intonation. Il s’agit en effet de la mélodie que produit un énoncé significatif, c’est-à-dire, qui est porteur de sens. Nous distinguons trois fonctions différentes pour l’intonation :

  1. fonction distinctive
  2. fonction démarcative
  3. fonction expressive

La fonction distinctive permet, en l’absence de marques syntaxiques, de distinguer par exemple une phrase déclarative, d’une phrase interrogative ou impérative

La fonction démarcative consiste quant à elle à marquer une frontière entre des groupes rythmiques (sachant qu’un groupe rythmique est la plus petite unité de sens servant à communiquer, étant entendu qu’il peut s’agit également d’un simple mot, comme : « viens ! » ex de groupe rythmique : « Il va à Lattaquié » ou « un homme ! »)

La phrase se divise donc en Groupes Rythmiques repérables à l’oreille par les mouvements mélodiques montants et descendants portés par les syllabes accentuées à la finale de chaque groupe. Ces unités intonatives ou "prosodiques" structurent la phrase et aide l’auditeur à construire du sens.

Ne peuvent pas être des groupes rythmiques :
-  les noms communs, employés sans article
-  l’emploi absolu des verbes : il a , il est , il fait , il doit , il va …

Cette fonction aide à corriger ensuite les apprenants, en les faisant répéter groupe rythmique par groupe rythmique.

La fonction expressive appartient au niveau du subjectif et traduit les émotions, les intentions, les attitudes du locuteur, et se réalise de multiple façons selon le degré d’expressivité, la personnalité et les intentions de communication de chacun Un énoncé peut exprimer des sens différents, qui dépendent ainsi de l’intention du locuteur. Ex : « Tu viens samedi ? » Cette interrogation peut être une demande de confirmation, un reproche, l’expression de l’incrédulité…

Cela signifie que le sens ne dépend pas uniquement du sens des mots, mais aussi de l’intonation et du contexte communicatif, de la situation dans laquelle se trouvent les locuteurs.

Il est impossible d’étudier la fonction expressive d’un énoncé qui est en dehors de toute situation de communication. La ponctuation ne suffit pas à donner l’intention de communication. C’est une aide non négligeable, mais le contexte seul détermine si il s’agit d’un reproche, d’une inquiétude, d’une envie…

Nous avons par conséquent trois fautes d’intonation possibles :
-  faute d’intonation par rapport à la fonction distinctive : un énoncé interrogatif à la place d’un énoncé exclamatif par exemple
-  l’apprenant ne marque pas les frontières des groupes rythmiques : « Tu vas/ bien / Rami ? » au lieu de : « Tu vas bien / Rami ? »
-  Il donne une autre fonction expressive : la jalousie au lieu du reproche par exemple

Toutes ces fautes peuvent se produire ensemble.

Le rythme dépend beaucoup de la syllabe, qui est l’unité rythmique de base à l’oral. Mais attention, il s’agit de la syllabe à l’oral et non à l’écrit, comme en prosodie. Ex : « Ils arrivent avec du retard » 8 syllabes NB : on ne prononce pas le « e » en position finale en général, sauf dans des mots courts : je, de, ce, me … et sauf quand on veut éviter une suite de trois consonnes orales dans un groupe rythmique Ex : « Ils ne sortent jamais », pour éviter le « rtj »

Les fautes de rythme :
- oubli d’une syllabe ex : « il va Damas demain », au lieu de « il va à Damas demain »
- Ajout d’une syllabe ou syllabe accentuée ex : « Ils adorent la vie ! »
- Ajout d’un phonème, y compris les liaisons ex : il est trop petit (prononciation du « t » final)

Conseils :
-  ne pas syllaber : ne pas ralentir de façon exagérée, ni accentuer les syllabes ou déformer l’intonation
-  ne parlez jamais trop lentement, car on risque d’habituer les apprenants à un rythme qui n’existe pas en réalité. Faites toujours bien sentir aux apprenants quelle est votre intention de communication. Il ne suffit pas en tant qu’enseignant de répéter à l’apprenant la forme correcte, car il n’est pas habitué à ces phonèmes et ne les entend pas de la même façon. Il faut qu’il répète, qu’il se corrige. Mais Il est impératif de faire répéter des énoncés communicatifs. Reprenez éventuellement le mot mal prononcé dans un énoncé court, qui ait du sens. On ne travaille jamais sur des sons isolés, ni sur des syllabes. Les enseignants pensent souvent que les exercices reposant sur les oppositions binaires (dans les méthodes de FLE) suffisent à travailler tel ou tel phonème. Or, c’est uniquement un moyen de vérifier un acquis et non un exercice d’apprentissage en soi. Il faut donc trouver d’autres manières de les initier aux particularités mélodiques et phonétiques de la langue française.

Pour corriger un apprenant sur le rythme et l’intonation, Découpez l’énoncé en groupes rythmiques et procédez à des répétitions régressives et progressives.

Le découpage en groupes rythmiques n’est pas le même dans les deux formes de répétition, car l’accentuation est à la fin du groupe rythmique en répétition régressive et au début en répétition progressive. Si on veut aussi mettre l’accent sur un son jusqu’ici mal prononcé, on mettra le phonème mal prononcé en position initiale dans la phrase afin qu’il soit répété plusieurs fois, grâce à la répétition progressive. Grâce à ces deux formes de répétition, on peut corriger le rythme, l’intonation mais aussi des phonèmes mal prononcés.

Ex de répétition progressive : Tu pars à Damas, Jeudi soir ? Découpage en groupes rythmiques et répétition : Tu pars ? Tu pars à Damas ? Tu pars à Damas jeudi ? Tu pars à Damas jeudi soir ? Ex de répétition régressive : Tu pars à Damas, jeudi soir ? Découpage en groupes rythmiques et répétition : Jeudi soir ? Damas, jeudi soir ? A Damas, jeudi soir ? Pars à Damas jeudi soir ? Tu pars à Damas jeudi soir ?

Il y a souvent plus de formes à répéter dans la répétition régressive. Il est possible aussi de reproduire la mélodie avec des dadada avant de faire répéter la phrase. Tu vas bien ? = da da da ?

La correction du rythme et de l’intonation peut intervenir dans toutes les activités d’oral quelles qu’elles soient (lecture, jeu de rôle, chant, expression orale…)

Ces conseils d’ordre pédagogique aident généralement nos apprenants à mieux intégrer les règles d’intonation et de rythme spécifiques à la langue française.



08/08/2010
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